En dehors du genre horrifique en soi, on retrouve les mêmes préoccupations dans des films de science-fiction apocalyptique. Charlton Helston s’en étant fait un spécialiste. On le retrouve en piètre posture dans « La planète des singes » (1968) classique indémodable de la science-fiction « pessimiste » ou encore dans « Le survivant » inspiré d’une nouvelle de Richard Matheson. Preuve que l’esprit de survie peut prendre des connotations très diverses. Mais, revenons à l’essence même du survival, celui qui nous préoccupe dans le cas présent. A tout saigneur tout honneur, débutons notre tour d’horizon par Leatherface, le tueur au masque de cuir de « Massacre à la tronçonneuse ».

En 1974, le monde du cinéma est secoué par le choc d’un film, celui d’un débutant, Tobe Hooper. Avec Texas Chainsaw Massacre, il signe une œuvre immédiatement culte, censurée et interdite dans de nombreux pays. Ce qui renforce l’aura du film, qui en dépit de son titre choc ne verse jamais dans le gore ! Cette idée d’un film ultra violent et sanglant sera véhiculée par ceux n’ayant pas vu le film. « Massacre à la tronçonneuse » avec ses images granuleuses renforce encore l’impact d’un récit implacable. Le film reste inégalé à ce jour. Et ce n’est pas son remake (réalisé par Marcus Nispel en 2003) soigneusement (trop bien) emballée dans des images léchées, qui prouvera le contraire, malgré des qualités esthétiques indéniables.

Dans la foulée, les seventies voient fleurir plusieurs films majeurs. Il faut distinguer deux catégories de psychopathes : 1) le tueur en apparence normale et 2) ceux qui sont touchés de malformations faisant d’eux des « bêtes » (ex : La Colline a des Yeux », « Détour Mortel »).

Dans le genre purement horrifique, on ne peut passer sous silence « La colline a des yeux » de Wes Craven, qui réussit le tour de force comme pour le film de Hooper de provoquer des sueurs froides avec trois fois rien, et de balancer une famille dans un désert très inhospitalier. Craven en profite pour lancer une critique des valeurs familiales et religieuses. De leur côté, « Delivrance » (1972) de John Boorman et « Sans retour »(1981) de Walter Hill mettent en scène la confrontation d’un monde dit « civilisé » avec des habitants se trouvant dans des coins reculés des Etats-Unis. Les deux films prennent une trame quasi identique, et leur action se déroule dans un cadre rural inhospitalier. Ils dévoilent une partie « animale » de l’humanité, que la plupart des individus ne sont pas prêts à entendre. D’où peut-être, un succès moindre des survivals qui contrairement aux slashers qui inondèrent les écrans dans les années 80, se font plus discrets jusqu’à ces dernières années. Contre toute attente, c’est du japon qui voit le retour de ce type de film, à l’occasion d’un « Battle Royale » jouissif. Grande nouveauté : l’introduction du gore, élément absent des survivals jusqu’alors. Genre inédit en Asie, cela n’empêchera pas une suite bien inutile (et grossièrement anti-américaine) de voir le jour.

Dorénavant, les survivals s’imprègnent d’éléments gores (le spectateur en a vu d’autres et il faut lui en montrer toujours plus) comme dans « Détour Mortel » (2003) malheureusement à la trame trop prévisible, ou encore dans « La maison de cire » (2005), production Dark Castle qui emporte la sympathie grâce à la reconstitution d’une maison en cire particulièrement soignée. Tout en devenant un genre prisé par le public (le succès public et critique de la relecture de « La colline a des yeux » d’Alexandre Aja en est la démonstration la plus flagrante), le survival perd en force brute, ce qu’il gagne en notoriété. L’Angleterre ne reste pas insensible à cette réactualisation du genre, comme le démontrer le film choral féminin « The Descent » en 2005 de Neil Marshall. Un groupe de jeunes femmes tentent de reconstituer leur groupe, suite à la mort du mari et de l’enfant de l’une d’entre elles. Leur groupe ne survivra pas aux révélations et au danger. Une plongée en apnée dans les entrailles de la terre. Claustrophobes s’abstenir.

Pourtant il existe des œuvres qui conservent la simplicité initiale, celle rappelant le Massacre à la Tronçonneuse de Hooper ou les survivals des années 70. Le film belge « Calvaire » de Frabrice Du Welz , ci bien nommé entre dans cette catégorie. Tout comme l’Australien « Wolf Creek » de Greg McLean, qui se refuse à aligner les scènes gores, préférant une approche plus psychologique. Véritable réussite qui démontre que des œuvres fortes peuvent surgir en dehors (et surtout !!) des grands studios, « Wolf Creek », est une immense surprise. Il aura ainsi fallu attendre plus de vingt ans pour qu’un autre survival puisse trôner à côté du chef d’œuvre de Tobe Hooper.

Gérald GIACOMINI – HORREUR.COM